Deux poètes des marges
Les marges de la société enfantent très souvent des poètes.
Dans ce cas, il s’agit d’une poète argentine d’origine mapuche, l’un des
peuples originaires les plus persécutés du pays, y compris au XXIᵉ siècle.
L’autre est un très jeune guinéen qui a fui son pays et s’est exilé en France.
Liliana Ancalao
Malgré les politiciens argentins de droite qui soutiennent que les mapuches sont chiliens, ce qui sous-entend qu’ils n’ont rien à faire en Argentine, il est prouvé historiquement que leur domaine s’étendait des deux côtés de la cordillère des Andes bien avant l’arrivée des Espagnols.
Le Wallmapu, la nation mapuche, était divisée, grosso modo, en Pikun Mapu,
du côté du Chili actuel, et Puel Mapu, du côté argentin.
Ils furent chassés de ce dernier, et beaucoup d’entre eux furent massacrés, par les troupes génocidaires du général Roca.
« moi les mots je les pense
et les sauve de la moisissure qui me trouble
je peux en sauver de moins en moins
et les protège »
Liliana Ancalao, née en 1961 à Comodoro Rivadavia, où ses parents, après avoir quitté leurs terres ancestrales, étaient arrivés à la recherche de travail, écrit en espagnol et puis se traduit elle-même en mapuzungun, la langue du peuple mapuche.
Une langue qui devrait être enseignée à l’école comme le
guarani dans la province de Corrientes et le mocovi au Chaco.
Le père de l’écrivaine travaillait dans une entreprise pétrolière et sa mère faisait des ménages. Malgré le déracinement, la culture mapuche, exception faite de la langue, était vivante dans le foyer.
“le bleu de mon daron attend la retraite
à cause du rhume chronique du puis
et le mal au dos
il a la taille de la fatigue dans la gorge
le salaire ajusté à la ceinture
et garde un cœur en étoupe dans la poche »
“ma maman nous couvrait
elle est comme un dedans
il faut couvrir les enfants
la poitrine
le dos
les pieds et les oreilles”
Dès ses premiers poèmes, l’œuvre de Liliana fut un retour aux origines, à une histoire effacée par les maîtres du pouvoir. Une histoire douloureuse.
« il faudra se résigner à être une question
se retrousser les pieds
continuer la marche
avec un coup de séisme comme dos
sans fondations
ni contemplations
il faudra s’habituer sans réponse
mourir dans une histoire et une autre
dépasser les bornes à coups de pied dans les questions
par les tuyaux de la peau
jusqu’aux os
et aller
rien qu’humain
en renforçant des luttes
en contrôlant le pouls de la terre
se regarder comme des débris sur la carte des songes »
Une poésie profondément enracinée dans la mémoire mapuche. Une poésie de résistance ainsi que d’amour.
« et me naquirent
deux filles aubes
aux yeux innombrables
brillantes impatientes
elles vinrent me rassembler
ordonnèrent mes journées
en étagères de lait
trivisol
et semoule”
Une œuvre clairement féministe.
« petites filles nous allons libres dans la cour
et le soleil nous poursuit à cheval
mais la lune implacable nous laisse ses marées
jusqu’à nous enlever le sommeil
et cette nuit-là nous trouvons
une jarre au lieu de ceinture des apprenties machi les femmes
nous naissons ainsi à la rosée
prêtes à regarder les navires qui se perdent »
machi : chaman
Une œuvre qui, parmi tant d’autres, ébranle la politique d’amnésie qui
règne en Argentine depuis bien longtemps.
Recueils non traduits en français
Tejido en lana cruda, 2001
Resuello, 2018
Rokiñ, provisiones para el viaje,
2020
Falmarès
« Sorti d’un long et merveilleux périple,
Je cherche la lumière, une main tendue
La tendresse de l’asile, un poème…
Je cherche une joie simple. »
Falmarès, nom de plume de Mohamed Bangoura, naquit à Conakry, Guinée, en
2001. En 2016, à l’âge de 15 ans, il fut obligé de quitter son
pays natal. Il traversa le Mali, l’Algérie, la Libye et traversa la
Méditerranée. Un bateau de la Croix Rouge le sauva du naufrage de l’embarcation
qui le transportait vers les côtes européennes.
Il écrit ses premiers poèmes dans le camp italien de Bolsano. Se souvenant que la lecture l’aidait â s’endormir quand il vivait dans son pays, et n’ayant pas de livres sous la main dans le camp, il se met â écrire pour attirer le sommeil. Il y prend goût.
« C'était la marche
La très longue marche du poète
Qui rappelait l'histoire des Hommes et des Titans
Qui rappelait l'histoire des invisibles. »
Le jeune poète rejoint la France en 2017 et presque immédiatement, et n’ayant que 16 ans, il reçoit une obligation de quitter le territoire. Des Français encore attachés aux Droits Humains forment un comité de soutien et lui obtiennent un titre de séjour.
Il s’installe â Nantes où il est repéré par une maison d’édition locale, Les Mandarines, qui publie ses trois premiers recueils, Soulagements : amours et douleurs (2018), Soulagements, volume 2 : tropiques printaniers (2020) et Lettres griotiques (2021).
« Nuit de cris d’hommes, de femmes et d’enfants
Nuits de cris en clameur obscure
Ou des armes semi-automatiques
Matraquent et tuent mes frères noirs
Ô nuit libyenne !
Nuit ténébreuse à l’assaut de mon peuple
Et de mes frères nègres vendus en esclaves »
Deux ans plus tard, il joue dans la cour des grands. Les Éditions
Flammarion publient Catalogue d’un exilé et, en 2026, Le jardin des flamboyants.
"VOYAGE INFERNAL
Ami, dans ce voyage,
Ce n’est pas le départ
qui tue
Ni le désert infernal
Ni le soleil ni les
ravisseurs
Ni même la solitude des
êtres chers
Ami, dans ce voyage je dis,
Ce n’est pas les
djihadistes qui tuent
Ni les terroristes noirs
Ni les passants ni les
passeurs
Ni même les forces
spéciales
Ami, dans ce voyage,
Ce n’est pas la
Méditerranée qui tue
Ni les viols à deux
balles
Ni les faux capitaines de
Zodiac
Ni même les gifles
Ami, dans ce voyage je dis,
Ce n’est ni la faim
Ni la soif qui tue
Ni les insultes
Ni le mépris du quotidien
Ami, dans ce voyage je dis,
Ni le manque
Ni même le voyage
infernal
Ni les garde-côtes
Ni même les coups de
Kalach
Ami, dans ce voyage
C’est le rêve d’un monde
imaginaire qui tue."
Dos poetas de los márgenes
Los márgenes de la sociedad
producen muy a menudo poetas.
En este caso, se trata de una
poeta argentina de origen mapuche, uno de los pueblos originarios más
perseguidos del país, aún en el siglo XXI. .
El otro es un muy joven guineano
que huyó de su país y se exiló en Francia.
Liliana Ancalao
A pesar de los políticos argentinos de derecha que sostienen que los mapuches son chilenos, lo que sobreentiende que no tienen nada que hacer en la Argentina, está probado históricamente que su territorio se extendía de ambos lados de la cordillera de los Andes mucho antes de la llegada de los españoles.
El Wallmapu, la nación mapuche, estaba
dividido, grosso modo, en Pikun Mapu, dell ado del actual Chile, y Puel Mapu, del
lado argentino.
Fueron expulsados de este último,
y muchos de ellos fueron masacrados, por las tropas genocidas del general Roca.
“yo a las palabras las pienso
y las rescato del moho que me
enturbia
cada vez puedo salvar menos
y las protejo”
Liliana Ancalao, nacida en 1961 en Comodoro Rivadavia, donde sus padres, luego de dejar sus tierras ancestrales, habían llegado en busca de trabajo, escribe en castellano y se traduce a sí misma al mapuzungun, la lengua del pueblo mapuche.
Una lengua que debería ser
enseñada en las escuelas como el guaraní en Corrientes y el mocoví en el Chaco.
El padre de la escritora
trabajaba en una empresa petrolera y su madre era empleada doméstica. Pese al desarraigo, la cultura mapuche, a
excepción del idioma, seguía viva en el hogar.
“el mameluco de mi viejo espera
jubilarse
por el resfrío crónico del pozo
y el dolor de las espaldas
tiene el talle del cansancio en
la garganta
el salario ajustado en la cintura
y guarda un corazón de estopa en
el bolsillo”
“mi mamá nos abrigaba
ella es como un adentro
hay que abrigar a los hijos
el pecho
la espalda
los pies y las orejas”
Desde sus primeros poemas, la obra de Liliana Ancalao ha sido un regreso al origen, a una historia borrada por los dueños del poder. Una historia dolorosa.
“habrá que resignarse a ser
pregunta
arremangarse los pies
seguir andando
con un golpe de sismo por espalda
sin cimiento
ni contemplaciones
habrá que acostumbrarse sin
respuesta
morir en una historia y otra
historia
salir de madre pateando las
preguntas
por los caños de la piel
hasta los huesos
y andar
humano no más
apuntalando luchas
controlando el pulso de la tierra
mirarse escombro en el mapa de
los sueños”
Una poesía profundamente arraigada en la memoria mapuche. Una poesía de resistencia y también de amor.
“y me nacieron
dos hijas madrugadas
de innumerables ojos
brillantes impacientes
vinieron a juntarme
me ordenaron los días
en estantes de leche
trivisol
y vitina”
Una obra claramente feminista.
“cuando niñas vamos sueltas por
el patio
y el sol nos persigue de a
caballo
pero la luna implacable nos va
dejando sus mareas
hasta que nos desvela
y esa noche encontramos
un cántaro en lugar de la cintura
aprendices de machi las mujeres
nacemos así al rocío
listas para mirar los barcos que
se pierden”
Una obra que, como muchas otras,
va socavando la política de desmemoria imperante en la Argentina desde hace
mucho tiempo.
Tejido en lana cruda, 2001
Resuello, 2018
Rokiñ, provisiones para el viaje,
2020
Falmarès
“Salido de un largo y maravilloso
periplo,
Busco la luz, una mano extendida,
La ternura del asilo, un poema …
Busco una alegría simple.”
Falmarès, nombre artístico de Mohamed Bangoura, nació en Conakry, Guinea, en 2001. En 2016, a los 15 años, fue obligado de abandonar su país natal. Cruzó Malí, Argelia, Libia y el Mediterráneo. Un barco de la Cruz Roja lo salvó del naufragio de la embarcación que lo llevaba hacia las costas europeas.
Escribe sus primeros poemas en el
campo de refugiados italiano de Bolsano. Recordando que la lectura lo ayudaba a
conciliar el sueño, y no habiendo libros en el campo, se pone a escribir para
atraer el sueño. Y le toma el gusto.
El joven poeta llega a Francia en
2017 y casi inmediatamente, teniendo sólo 16 años, recibe una orden de
abandonar el territorio. Franceses que todavía aman los Derechos Humanos forman
un comité de apoyo y le obtienen un permiso de estadía.
“Era la caminata
La muy larga caminata del poeta
Que recordaba la historia de los
Hombres y los Titanes
Que recordaba la historia de los
invisibles."
El joven poeta llega a Francia en 2017 y casi de inmediato, sólo tiene 17 años, recibe una orden de abandonar el territorio. Franceses aún amantes de los Derechos Humanos, forman un comité de apoyo y le obtienen la residencia.
Se instala en Nantes donde es
descubierto por una editorial local, Les Mandarines, que publica sus tres
primeros libros, Soulagements : amours et douleurs (Alivios, amores y
dolores) (2018), Soulagements, volume 2 : tropiques printaniers
(Alivios, volumen 2, trópicos primaverales) (2020) et Lettres griotiques
(Cartas grióticas) (2021).
“Noche de gritos de hombres, de
mujeres y de niños
Noche de gritos como clamor
oscuro
O de las armas semi-automáticas
Golpean y matan a mis hermanos
negros
¡Oh noche libia!
Noche tenebrosa asaltando a mi
pueblo
Y de mis hermanos negros vendidos como esclavos”
Dos años más tarde ya se codea
con los grandes. La editorial Flammarion, de París, publica Catalogue d’un
exilé (Catálogo de un exiliado) y, en 2026, Le jardin des flamboyants
(El jardín de los flamboyanes).
"Viaje infernal
Amigo, en este viaje,
No es la partida
la que mata
Ni el desierto infernal
Ni el sol ni los captores
Ni aún la soledad de los seres
queridos
Amigo, en este viaje digo,
No son los yihadistas los que matan
Ni los terroristas negros
Ni los embarcados ni los barqueros
Ni aún las fuerzas especiales
Amigo, en este viaje,
No es el Mediterráneo el que mata
Ni las violaciones baratas
Ni los falsos capitanes de gomones
Ni aún las cachetadas
Amigo, en este viaje digo,
No es ni el hambre
Ni la sed los que matan
Ni los insultos
Ni el desprecio cotidiano
Amigo, en este viaje digo,
Ni la ausencia
Ni aún el viaje infernal
Ni los guardacostas
Ni aún los tiros de Kalach
Amigo, en este viaje
Es el sueño de un mundo imaginario
el que mata."
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